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Le discours d’Emmanuel Macron en réponse aux gilets jaunes Rédigé par Philippe Schwoerer le 29 Nov 2018 à 00:00 0 commentaires

Le président de la République française a prononcé un discours de presque une heure pour expliquer les enjeux de la transition énergétique. Intégrant les revendications des gilets jaunes, il a cependant précisé que ce rendez-vous était programmé bien en amont. Emmanuel Macron n’est pas lui-même entré dans le détail des mesures qui doivent accompagner la transition énergétique des foyers les plus modestes, mais il a souhaité que cette période soit vécue comme l’ouverture d’un débat national à disposition de tous, à vivre aussi à l’échelle des territoires.

Situation d’urgence

Le président des Français a pris une bonne partie des 57 minutes de son discours à redessiner le décor de la transition énergétique, débutant ainsi : « La question climatique sur laquelle se sont engagés beaucoup de citoyens, de scientifiques, d’entreprises, d’acteurs de la vie économique et sociale, crée pour l’humanité toute entière une situation d’urgence ». Résultent de ce constat les différents engagements pris par notre pays, notamment lors de la COP21, et au niveau d’instances comme le G7 et les Nations unies. Emmanuel Macron a assuré qu’il est nécessaire de « bâtir un modèle productif, éducatif, social plus juste », dans un contexte où il s’agit « tout à la fois d’atténuer tout ce qui conduit au réchauffement et au bouleversement de notre climat, et de nous adapter aussi ».

En retard au rendez-vous de l’écologie

« Lorsqu’on parle des actions de la nation pour répondre aux défis des enjeux climatiques, force est de constater que nous avons fait trop peu », déplore le président. En disant cela, il indique ne pas viser la base : « Quand je dis ‘trop peu’, je ne parle pas des citoyens, car ils sont de plus en plus nombreux à multiplier les petits gestes qui, ajoutés les uns aux autres, font les grandes avancées ». C’est davantage l’action des décideurs qui est pointée : « Par ‘trop peu’, je veux parler des dirigeants que nous sommes, des dirigeants politiques, d’entreprises, responsables de tout bord, c’est-à-dire de tous ceux qui sont en capacité d’engager plus qu’eux-mêmes. De ceux qui, s’ils ne font pas assez, porteront la responsabilité principale d’avoir rajouter aux dettes économiques et sociales que devront supporter nos enfants et nos petits enfants, une dette environnementale d’une toute autre nature »

Question d’avenir de la société

Aux préoccupations pour une nation prospère et juste, le président ajoute au-dessus « la question simplement de l’avenir de notre société tout court » vers laquelle renvoie le spectre de la dette environnementale. Mettant au jour des comportements contradictoires, il poursuit : « On ne peut pas être le lundi pour l’environnement et le mardi contre l’augmentation des prix des carburants. On ne peut pas avoir décidé la taxe carbone il y a quelques années et dénoncer aujourd’hui l’augmentation du prix des carburants. Cette taxe, je le rappelle, elle a été votée en 2009, en 2014, en 2015, engageant beaucoup de responsables politiques de sensibilités diverses ».

Discuter sur du concret

Dénonçant les « 1.000 fausses informations et rumeurs » qui « fleurissent sur les réseaux sociaux », Emmanuel Macron rappelle : « On ne peut pas confronter des avis sur des fausses informations et des contre-vérités ». Ce que traque actuellement le gouvernement, selon lui, c’est une attitude qui a longtemps été constaté en politique : « Laisser le présent prévaloir sur le futur ». Un scénario par lequel il explique que nous subissons désormais « 40 ans de facture de petits ajustements pour une situation qui a éloigné les français de leurs lieux de travail, imposant, à cause de loyers trop chers, d’utiliser une voiture ».

Accès à l’énergie

Le président a indiqué que l’Etat doit « garantir à nos concitoyens l’accès à une énergie pour se déplacer, pour se chauffer, s’éclairer, travailler, qui soit suffisamment peu coûteuse pour que personne n’en soit privé, et suffisamment propre pour que nos enfants n’en payent pas le prix avec leur santé ou leur propre avenir ». A sujet de la santé, il a rappelé que « toutes les 10 minutes, un Français meurt prématurément du fait de la pollution, notamment aux particules qui proviennent de la combustion des énergies fossiles », indiquant qu’à l’année ce sont 48.000 décès qui sont à déplorer, soit « plus que tous les accidents de la route, tous les suicides, tous les meurtres, toutes les noyades, tous les accidents domestiques réunis ».

Impact carbone

« Les énergies fossiles représentent aujourd’hui 70% des émissions de gaz à effet de serre. Si nous échouons, les risques de catastrophes cumulées décrits par le dernier rapport du Giec deviendront réalité », craint le président qui n’a pas oublié la dépendance que la France subie d’autre pays avec le pétrole en particulier. « Le prix du plein d’essence et le montant de la facture de gaz dépendent essentiellement aujourd’hui des décisions de la Russie, de l’Arabie saoudite ou de l’Iran ». Ce passage est pour lui l’occasion de souligner que les récentes hausses constatées à la pompe sont principalement dues à ce phénomène, et non à la fiscalité des carburants.

Désintoxication

« Le but principal et premier de notre politique énergétique est de nous désintoxiquer des énergies fossiles », explique Emmanuel Macron, en reformulant ce point en objectif : « En 30 ans nous devons passer d’une France où 75% de l’énergie consommée est d’origine fossile (charbon, fioul, gaz naturel) à une France où en 2050 la production et la consommation d’énergie seront totalement décarbonées ». Pour lui, s’il s’agit « d’abord et avant tout de consommer moins d’énergie », il se veut rassurant en précisant : « Notre stratégie n’est pas de se déplacer moins, car nombre de nos concitoyens sont obligés de se déplacer ». Il glisse alors quelques mots au sujet des solutions moins agressives pour se déplacer, parmi lesquelles l’exploitation des transports en commun et du covoiturage.

Voiture individuelle

Le président a bien conscience que la voiture individuelle est un mode de déplacement privilégié par les Français. C’est pourquoi il a certifié : « La voiture a un avenir en France. Nous voulons produire des voitures qui consomment moins, polluent moins, en innovant, en créant de l’emploi industriel ». Ce sujet lui a permis d’évoquer brièvement la prime à la conversion qui sera renforcée en début d’année 2019. Plus loin dans son discours, il a mis en garde, concernant le développement des voitures électriques : « Il nous faut plus d’autonomie au niveau européen dans la production des batteries. Aujourd’hui nous dépendons totalement des Coréens et des Chinois. A mesure que nous développons les véhicules, ils augmentent le prix des batteries. Nous devons avoir au moins une stratégie franco-allemande, et si c’est possible une stratégie européenne de recherche, d’innovation et de production en la matière pour être au rendez-vous de ce défi ».

Energies renouvelables

La question du chauffage a également été abordée, avant un rappel de la feuille de route concernant les énergies renouvelables : « En 2030, la production du parc éolien terrestre sera triplée. La quantité d’énergie produite à partir du photovoltaïque, sera multipliée par 5. Nous développerons l’éolien en mer. Nous mettrons en service pendant le quinquennat le premier parc, au large de Saint-Nazaire, et nous lancerons 4 nouveaux appels d’offres. Nous renforcerons l’énergie hydraulique partout où ce sera possible. L’Etat consacre 5 milliards d’euros par an au développement des énergies renouvelables financés intégralement par les recettes de la taxe sur les carburants ». Le président a promis que cette enveloppe annuelle grimperait à 7 ou 8 milliards d’euros. En quelques mots il a aussi mis en avant les montées en puissance de la géothermie et de la méthanisation.

Nucléaire

« Le nucléaire nous permet aujourd’hui de bénéficier d’une énergie décarbonnée et à bas coût », a rappelé Emmanuel Macron. « Je tiendrai cet engagement de réduction à 50% de la part du nucléaire dans le mix énergétique », a-t-il ajouté. Un objectif Inatteignable en 2025, et repoussé à 2035. « Concrètement, 14 réacteurs de 900 MW seront arrêtés d’ici à 2035. Ce mouvement commencera à l’été 2020 avec l’arrêt définitif des 2 réacteurs de Fessenheim », a projeté le dirigeant des Français. Suivra la fermeture de 4 à 6 réacteurs d’ici 2030, le solde ensuite. Ce calendrier dépend toutefois de l’intégration au niveau européen du scénario, et de l’avancée des technologies dans le stockage de l’énergie. Qualifiant cette approche de « pragmatique » et « adaptative », Emmanuel Macron a précisé que les sites concernés par les fermetures seront révélés prochainement.

Pas de transition énergétique à 2 vitesses

« Je refuse que s’installe une France à 2 vitesses où les plus riches, parce qu’ils ont fait les bons choix d’un point de vue environnemental, auront des factures allégées, et où les plus modestes, parce qu’ils n’auraient pas eu les moyens d’investir, qui dans un véhicule qui consomme peu, qui dans l’isolation de leur logement, devront payer encore davantage », a assuré Emmanuel Macron, promettant : « Tout sera mis en œuvre pour accompagner socialement cette transition, pour que l’écologie à la française que nous sommes en train de faire advenir puisse être une écologie populaire ».

Sur le terrain

Le président s’est exprimé pour « une grande concertation de terrain », invitant « les gilets jaunes à prendre part aux solutions à apporter concrètement ». Il table sur une période de 3 mois, au cours de laquelle, en particulier, il espère que se dégage « une méthode pour rendre plus intelligente cette taxe un peu aveugle ». En outre, un rendez-vous trimestriel est envisagé afin d’atténuer les effets d’éventuelles envolées sur les cours mondiaux du pétrole qui se traduirait par l’augmentation du prix des carburants. Emmanuel Macron imagine toujours mettre au point de vraies solutions avec les banques et les constructeurs de voitures pour permettre aux automobilistes les plus modestes d’accéder à des modèles moins gourmands. Il s’est par ailleurs positionné pour rendre les solutions proposées par le gouvernement « plus simples et plus tangibles ». En prenant l’exemple du chèque énergie, il a pointé des réponses perçues comme « trop abstraites », expliquant ainsi « que tout ce qui a été pensé pour que cette transition soit plus sociale n’est pas utilisé par les plus fragiles ».

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