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Plaidoyer pour la conversion des thermiques en électriques Rédigé par Philippe Schwoerer le 16 Nov 2017 à 00:00 0 commentaires

Entre pionniers de la mobilité électrique, nous rêvions déjà il y a une dizaine d’années de pouvoir convertir des voitures thermiques en électriques. ElectroDyane, ElectroCox, Marguerite, et bien d’autres anciennes transformées prouvent que c’est techniquement viable, efficace, et possible. Là où ça coince, c’est pour pouvoir rouler légalement avec ces voitures sur les routes. L’enjeu dépasse bien les simples rêves de quelques passionnées d’anciennes qui aimeraient rouler au quotidien proprement avec une Peugeot 204 cabriolet, une Citroën 2 CV, ou une Renault 8 : il s’agirait au contraire de permettre d’éviter la mise à la casse trop tôt de véhicules tout à fait en état de rouler, mais dont la motorisation est trop émissive en polluants chimiques, CO2 et particules. Pourquoi les conversions au GPL ou au GNV sont-elles possibles, mais pas à la propulsion électrique ?

R8 Gordini électrique

Le rêve rencontre souvent le cinéma où tout est possible. Même en matière de conversion de véhicules thermiques en électriques, il y a un bel exemple, dans une production français. Le clin d’œil est si furtif que peu de spectateurs s’en souviennent ; et pourtant, qu’est-ce qu’elle peut faire envie cette Renault 8 « Gordini » rouge transformée par le garagiste Mendez devenu spécialiste de la téléphonie mobile dans Camping 2 ! « C’est un prototype ! », explique le professionnel à la directrice de l’établissement, madame Chatel. Fabien Onteniente a eu raison de lui faire dire cette réplique qui reflète bien la réalité dans notre pays. Car, aujourd’hui, rouler sur les routes avec une voiture convertie à la propulsion électrique n’est possible, sauf très rares exceptions, que si l’on est un professionnel de l’automobile ou assimilé…

COP21

« 4 roues sous 1 parapluie » est le nom d’une entreprise parisienne qui organise, entre autres événements, la visite de la Capitale pour des touristes qui se retrouvent embarqués dans de mythiques Citroën 2 CV. L’une d’elles, Marguerite, est électrique, tout juste à temps homologuée par le ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie pour être exposée en décembre 2015 dans le cadre de la COP21. Symboliquement, c’est beau, c’est fort, c’est bien, c’est parlant ! Mais après on fait quoi, pour les particuliers qui voudraient s’engager dans le mouvement !? En 1968, un certain monsieur Lenoir a obtenu de l’administration française l’autorisation de rouler sur les routes avec un modèle de 1959 de Citroën 2 CV. Selon le numéro 10 du magazine Citropolis (juillet/août 1998), l’engin était encore en état de prendre la route 30 ans plus tard. Ne cherchez cependant pas cette voiture, elle a hélas disparu en 2010 dans l’incendie du hangar qui lui servait de garage !

Citroën, source d’inspiration

Doit-on s’étonner qu’en France les Citroën soient particulièrement la cible des amateurs de conversions électriques ? Non, puisque le sujet est souvent passionnel et que les Citroën anciennes bénéficient d’une place très particulière chez les collectionneurs. Bien des années après avoir autorisé M. Lenoir à rouler avec sa 2 CV électrifiée, l’administration française a également validé la modification d’une Méhari. Et puis, terminé, elle verrouille la possibilité pour les particuliers ! Parmi les points de blocage, l’autorisation à obtenir des constructeurs concernés d’effectuer les transformations sur les modèles, anciens ou non, de leurs marques. Si la demande ne parvient pas d’un établissement de formation professionnelle, d’une entité dont l’action sera fortement et positivement médiatisé pour une cause symbolique, pas la peine d’espérer ! « Obtenir l’homologation a été compliqué. On a connu bien des hauts et des bas, n’y croyant plus, y croyant à nouveau… ! On n’était jamais sûr d’aboutir ! », m’avait confié fin 2015 Florent Dargnies, à la tête de 4 roues sous 1 parapluie, au sujet de Marguerite.

Des actions militantes

Il y a une dizaine d’années déjà, une organisation militait pour que soit possible la conversion des anciennes en électriques. L’association « Bientôt électrique » exhibait alors dans de nombreuses manifestations son ElectroDyane qui conservait la boîte de vitesses d’origine. Des propriétaires de flat-twin Citroën, il en avait un certain nombre à ses côtés, prêts à signer le chèque nécessaire pour rouler branché. Avec la prise de conscience des bienfaits de la mobilité électrique sur l’environnement et la santé publique, Cyrille Quéron, fondateur de l’association, pensait anticiper, persuadé que rapidement les pouvoirs publics accepteraient de revoir leur copie sur le sujet. Lassé de se battre contre un mur, il a finalement jeté l’éponge. Depuis, d’autres acteurs ont pris le relais, comme Jérémy Cantin, de Brouzils Auto, en Vendée.

ElectroCox

Les Volkswagen Coccinelle et Combi constituent aussi une source inépuisable de véhicules anciens à convertir. Et ce, bien en dehors des limites de la France. Dans l’Hexagone, Jérémy Cantin n’a pas réalisé son ElectroCox, officiellement présentée lors du dernier Vendée énergie Tour, en juin dernier, pour son seul plaisir. Lui aussi souhaite que rapidement l’Etat accorde la possibilité d’électrifier des voitures, et pas seulement anciennes. Cette idée lui est venue avec l’affaire du dieselgate, il y a environ 2 ans. Au fur et à mesure qu’il avançait sur la berline allemande, n’hésitant pas à la restaurer intégralement après démontage pour bien montrer le sérieux de son travail, il affinait son projet et sa communication.

Convertir les diesel récents en état

Le choix d’une coccinelle a été pour Jérémy Cantin symbolique. Dans son garage, avec passion, il entretien et rénove des anciennes, dont des américaines et des Coccinelles. Mais la conversion des thermiques en électriques, il voit surtout ça pour limiter un gaspillage sans précédent qui risque bien de se produire avec la fermeture aux diesel des centres-villes. Une politique nécessaire qui aura pour conséquence d’inonder le marché de l’occasion de véhicules dont plus personne ne voudra. Toute l’action du professionnel vendéen repose sur cette question : « Pourquoi détruire des véhicules sains alors qu’une conversion à l’électrique est possible ? ». A la clé, des économies d’énergie et une réduction importante des émissions nocives. Comment ? En reportant la démolition de voitures encore en état de rouler, et en différant l’arrivée de modèles neufs qui auront pris alors le temps d’embarquer des batteries de meilleures capacités pour de plus grandes autonomies.

Création d’une filière de la conversion

« L’homologation est une difficulté dans notre pays. Aujourd’hui, il n’existe pas de cadre juridique pour transformer un véhicule en électrique », avait indiqué Jérémy Cantin à tout l’auditoire rassemblé au Vendéspace pour les inscriptions au Vendée énergie Tour. La filière que sa proposition appelle à ouvrir aura, parmi ses vertus, de créer localement des activités artisanales nouvelles, et donc des emplois supplémentaires. Les pouvoirs publics se retranchent précautionneusement derrière l’aval du constructeur. Ce qui est possible avec le GPL et le GNV ne l’est pas avec l’électrification des véhicules. Pourquoi ? Parce que l’on modifie les caractéristiques techniques. Est-ce seulement un problème sérieux face à l’urgence d’agir pour limiter le dérèglement climatique ? Notre président, Emmanuel Macron, vient d’appeler les pays européens à faire de nouveaux efforts pour compenser l’absence des Etats-Unis à la COP23. La conversion des thermiques en électriques n’est qu’une goutte d’eau. Mais associée à d’autres actions pour décarboner l’industrie et notre quotidien, elle est majeure, et, n’hésitons pas à le dire, incontournable !

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