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Sanctionner la Russie retarderait l’adoption de la mobilité électrique Rédigé par Philippe Schwoerer le 15 Mar 2022 à 06:00 2 commentaires

Selon la société d’analyse de données GlobalData, se passer de l’approvisionnement en nickel russe pour la fabrication des batteries se traduirait par plusieurs effets pervers qui pèseraient sur le développement des véhicules électriques.

 

Problématique

Le nickel est un des matériaux qui entrent dans la composition des batteries lithium-ion. Avec 200 000 tonnes distribuées, la Russie se hissait en 2021 comme troisième fournisseur de ce métal argenté au niveau mondial.

Les sanctions que compte infliger l’Europe pour dénoncer l’invasion en Ukraine vont créer un goulet d’étranglement pour fabriquer les packs qui animent les véhicules électriques.

Au mieux, cela se traduirait par une augmentation des prix du nickel. Au pire, ce matériaux devenant trop difficile à obtenir ralentirait, voire stopperait pour une période indéfinie, les chaînes d’assemblage des voitures branchées.

 

Suspension de la cotation

A la suite de la brusque augmentation de 250 % en quelques séances, le marché londonien des métaux a déjà décidé de suspendre temporairement la cotation du nickel il y a quelques jours. La tonne est passée un cours moment au-dessus des 100 000 dollars, alors qu’elle s’échangeait aux environs des 20 000 dollars au début de la présente année 2022.

C’est davantage la spéculation à la baisse qui est la cause d’une telle réaction qu’une pénurie probable mais pas immédiate. Les investisseurs qui avaient prévu une courbe décroissante des prix, et vendu des volumes de nickel qu’ils ne détenaient pas, doivent les racheter dans l’urgence. Dans le cas contraire, ils essuieront de lourdes pertes.

Ce sont le principe et les risques de la vente à découvert.

 

Situation simple

Si les cours du nickel devaient rester durablement à un haut niveau, le coût de fabrication des batteries pourrait devenir supérieur au gain sur l’efficacité énergétique qui pousse la courbe des prix d’ordinaire à fléchir.

Comme les constructeurs sont déjà confrontés à d’autres problèmes d’approvisionnement en raison d’effets induits par la pandémie de Covid-19, les raisons qui risquent de faire progresser les tarifs des véhicules électriques se cumulent. Alors que ces engins affichent déjà à des niveaux plus élevés que pour les thermiques, même avec le bonus gouvernemental.

D’où un découragement des automobilistes, et des entreprises qui peuvent souhaiter attendre une meilleure période. Les constructeurs auraient une alternative qui pèserait lourd sur leurs bénéfices et les actionnaires : faire le choix de supporter le surcoût, tant que ce serait possible.

 

La Russie sera-t-elle vraiment pénalisée ?

GlobalData estime que la Russie ne sera pas forcément pénalisée par le manque de vente de nickel aux européens. Le pays chercherait à commercer avec l’Asie pour s’affranchir des sanctions.

En distribuant le matériau à un tarif inférieur, les voitures électriques chinoises, notamment, seraient durablement encore plus concurrentielles qu’elles ne le sont déjà face aux productions européennes.

 

D’autres sources pour l’Europe ?

La société d’analyse de données a imaginé aussi la possibilité pour l’Europe de trouver du nickel auprès d’autres pays. Ainsi avec l’Indonésie ou les Philippines. Ce qui ne se ferait pas pour autant sans de nouveaux effets pervers.

Le premier serait d’alourdir les émissions de CO2 sur le cycle de vie des batteries, et donc des véhicules électriques, du fait de l’éloignement de ces 2 pays par rapport au vieux continent. Le second impact négatif serait une dépendance accrue à la Chine qui pilote le plus souvent les mines de nickel en activité un peu partout en Asie.

Il est même possible d’imaginer une moindre vigilance des industriels sur la traçabilité du matériau. Ce qui aurait pour inconvénient d’arriver à des situations où le nickel russe, après un petit tour par le continent asiatique, serait tout de même exploité pour fabriquer les batteries des voitures électriques vendues chez nous.

Sans compter le risque de ralentir la relocalisation en Europe initiée par les projets nés de l’Airbus des batteries.

 

Plus grande dépendance à la Russie ?

Les constructeurs généralistes qui produisent aussi des véhicules électriques ont une alternative aux batteries lithium-ion NMC. Ils peuvent suivre Tesla en exploitant également des cellules LFP qui sont exemptes de nickel et de cobalt. Elles sont aussi moins chères à produire.

Ce scénario demanderait un temps d’adaptation, avant lequel risque de régner une certaine confusion. Quoi qu’il en soit, GlobalData prévoit en dernier effet pervers aux sanctions qui limiteraient l’accès de l’Europe au nickel : une dépendance finalement plus longue au gaz et au pétrole russes.

Pas simple de signifier son désaccord à l’invasion en Ukraine sans recevoir le retour du boomerang !

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Commentaires

  • electronlibre le mar Mar 15 2022

    L’Europe devrait dire non à la géopolitique de Washington qui à rapprochée la Russie de la Chine , avec pour conséquence un possible effondrement de l’économie européenne…

  • Christophe le mer Mar 16 2022

    Quand on sait que l’université Gustave Eiffel a instrumenté une voiture de segment B de moins de 1200 kg et a trouvé un pic de particules à moins de 0,05 μm derrière la roue avant avec des quantités par km de l’ordre de 1E+10 pour une seule roue, cela confirme que la pollution par abrasion est bien un problème et d’autant plus avec des émissions fonction directe de la masse en mouvement.
    Pour mémoire, particule = polluant le plus tueur, sans seuil d’innocuité.
    Pour régler le problème de la pollution en ville il n’y aucune raison de privilégier la Voiture Electrique, la seule solution est de réduire drastiquement la circulation automobile dans les villes. De ce fait le kilométrage parcouru par les voitures ne peut que baisser drastiquement.
    De ce fait la Voiture Electrique n’a aucune pertinence pour atteindre la neutralité carbone. A moins que certains soit prêt à mettre 18 h pour faire Paris – Marseille quand on peut le faire en TGV en moins de 3h30 du fait d’une batterie de très faible capacité.

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