← Revenir aux actualités

Ampera e-Moto, un projet de motocross électrique via le rétrofit Rédigé par Emmanuel Maumon le 04 Mar 2021 à 00:00

Regroupant autour de lui une quinzaine de personnes avec des compétences très transverses, Thomas Anthoine, ingénieur diplômé de l’ISAT, s’est lancé dans le développement d’un prototype d’une motocross 100% électrique en utilisant le principe du rétrofit. Une première en France qui ouvre de belles perspectives à un moment où le sport motocycliste subit de fortes pressions liées aux nuisances sonores et qu’il existe une multitude de motos sur le marché de l’occasion dont le moteur est cassé. Avec ses coûts de maintenance fortement réduits et des performances équivalentes à celles de motos thermiques, le passage à l’électrique offre une belle alternative à de nombreux motards pour continuer à assouvir leur passion. Interview de Thomas Anthoine pour évoquer plus en détail ce projet de création d’une motocross électrique.

Thomas Anthoine, avant de parler du projet Ampera e-Moto, pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

J’ai suivi le cursus de l’ISAT (Institut Supérieur de l’Automobile et des Transports), une école d’ingénieurs implantée à Nevers dont j’ai été diplômé en 2019 et qui m’a ensuite recruté comme chargé de développement avec pour mission de faire rayonner l’école et de monter des projets collaboratifs avec des industriels et des start-ups, en lien avec nos domaines d’expertise. Parallèlement, j’ai monté un projet personnel, baptisé Ampera e-Moto, visant à développer une motocross électrique. Etant plus jeune, j’ai moi-même fait beaucoup de motocross jusqu’à un niveau international et j’ai souhaité concilier ma passion et mes compétences professionnelles dans un projet qui répond à une réelle potentialité de marché.

Quel est l’objectif principal de votre projet ?

L’objectif est de prototyper la première moto tout terrain électrique française en appliquant le principe du rétrofit. Nous développons en fait un kit rétrofit afin d’électrifier une motocross dont les performances soient équivalentes à celles d’une moto 250 cm3 4T thermique. Des performances qui permettront de faire des compétitions. C’est pour cela que nous avons dimensionné cette moto afin qu’elle s’inscrive dans la catégorie MX2 dans laquelle concourent des motos 250 cm3.

Un rétrofit à partir d’une Husqvarna de 2018

Vous utilisez le principe du rétrofit. A partir de quelle base transformez-vous votre moto ?

Nous avons pris pour base une motocross Husqvarna de 2018. C’était plus une opportunité qu’un véritable choix et nous aurions pu partir d’un autre modèle. L’avantage de notre Husqvarna, c’est que c’est une moto récente avec un châssis très performant. Dans sa version thermique, elle est équipée d’un moteur d’une puissance de 30 kW avec un couple de près de 40 Nm, et son poids est de l’ordre de 100 kg. Avec la version électrique, nous aurons également une puissance de l’ordre de 30 kW mais avec un couple bien supérieur, de l’ordre de 90 Nm, car l’électrique permet des couples assez importants. Par contre, la moto sera un peu plus lourde avec un poids d’environ 110 kg. Nous aurions pu utiliser des matériaux plus légers comme la fibre de carbone, mais nous avons voulu réaliser notre prototype avec l’esprit d’une pré-série viable économiquement.

Quelle est la motorisation électrique que vous allez utiliser ?

Nous allons utiliser un moteur Motenergy ME 1304 d’une puissance maximale de 40 kW. C’est un peu surdimensionné, mais le choix était assez limité pour avoir un moteur à la fois léger et performant. Ce moteur sera alimenté par une batterie 72 Volts 20S 20P en cellules cylindriques type Vtc6 d’une capacité de près de 5 kWh. Le handicap lié au poids de la batterie sera largement compensé par le couple supérieur autorisé par la motorisation électrique et les performances de la moto seront très compétitives par rapport à celles d’une moto thermique 250 cm3.

Une autonomie suffisante pour participer à des compétitions

Quelle sera l’autonomie de cette moto ?

Nous l’avons dimensionnée pour que l’autonomie soit de l’ordre de 30 minutes, sachant qu’une manche de motocross au niveau amateur dure plutôt 20 minutes. Cela ne sera pas suffisant pour une compétition comme l’Enduro du Touquet où le sable réclame une grande dépense énergétique, mais sur un circuit en terre traditionnel, l’autonomie ne sera pas un problème pour participer à des compétitions.

Où en est aujourd’hui votre projet et quelles sont les prochaines étapes prévues ?

Notre projet comporte quatre étapes majeures. La première que nous avons bouclé fin 2020, c’était le cadrage du projet et le recrutement de toutes les compétences nécessaires. Ensuite, nous avons débuté une phase de levée de fonds en démarchant plus de 200 entreprises qui nous ont permis de financer pratiquement la totalité du projet. Nous avons également reçu le soutien de plusieurs partenaires d’envergure comme le SIEEENE (Syndicat d’Energie, d’Equipement et d’Environnement de la Nièvre) ou l’association Bourgogne Franche-Comté Mobilité Electrique (BFCME), ce qui a fortement crédibilisé notre projet.

Avec le financement déjà reçu, nous avons ensuite pu acheter la moto et le moteur. Il nous reste encore à faire fabriquer la batterie qui est déjà dimensionnée et modélisée sur CAO. Nous sommes en train de finaliser le choix du partenaire entre plusieurs options dont une au niveau local. La prochaine étape consistera à présenter la moto lors de différents évènements comme le « e-day » consacré aux mobilités électriques ou le salon de la moto qui doit avoir lieu en avril à Lyon. L’objectif de ces présentations est de susciter des marques d’intérêt et de voir si notre projet est économiquement viable sur le long terme.

A terme, votre objectif est-il de participer à des compétitions avec cette moto ?

Je pense que des constructeurs traditionnels comme Honda ou d’autres vont prochainement se positionner sur le marché de la moto électrique en raison des fortes contraintes liées à l’homologation des motos thermiques, ne serait-ce qu’en matière de pollution. Les sports mécaniques sont également soumis à des contraintes de voisinage, liées au bruit des motos et de plus en plus de circuits sont aujourd’hui amenés à fermer. Il est donc probable que les constructeurs se mettent à la moto électrique et qu’apparaissent en compétition des catégories dédiées. Aujourd’hui, pour participer face à des motos thermiques, cela dépend de la fédération et nous n’avons pas encore de visibilité sur sa position, mais il est probable que nous pourrons concourir assez rapidement avec notre moto.

Outre l’aspect purement compétition, quel est l’horizon économique de votre projet ?

Avant de s’engager dans la production d’une série et la création d’une entreprise, nous cherchons à collecter suffisamment de marques d’intérêt. Les premiers retours sont encourageants et montrent qu’un grand nombre d’utilisateurs pourraient être tentés par ce type de conversion à l’électrique. Le motocross est un sport qui coûte cher et les motos thermiques de compétition nécessitent un entretien très récurrent et très onéreux. Celui-ci n’est pas toujours suivi, ce qui fait qu’on retrouve un grand nombre de motos avec un moteur cassé.

Notre projet est d’offrir, à tous ceux qui se retrouvent dans cette situation, une alternative électrique qui soit à la fois fiable, performante et relativement peu onéreuse car l’entretien d’une moto électrique est beaucoup plus limité que celui d’une moto thermique. Le terme d’économie circulaire est peut-être un peu fort, mais donner une seconde vie à des motos qui, avec des moteurs cassés étaient vouées à la casse, peut vraiment permettre à de nombreux adeptes du motocross de continuer à pratiquer leur sport avec un moindre budget car, outre les frais de maintenance réduits, la recharge en électricité coûte bien moins cher qu’un plein d’essence.

partager cette actualité sur :

Rejoindre le réseau AVEM

Vidéos

LES UTILISATEURS TÉMOIGNENT – Olivier ingénieur informatique chez SAP Labs France Mougins
Mobilité électrique et Smart Grid – Retour d’expérience SAP
Toutes les vidéos