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Cobalt : Renault, BMW et Tesla distingués par Amnesty international Rédigé par Philippe Schwoerer le 21 Nov 2017 à 00:00 0 commentaires

Exploité dans les batteries lithium-ion sous la forme d’oxydes pour la réalisation des cathodes, le cobalt provient, pour plus de la moitié de sa production, de la République démocratique du Congo. Il y a presque 2 ans, Amnesty international s’emparait d’un scandale mis au jour par le magazine télévisé Cash Investigation : Des conditions mortelles d’extraction du minerai touchent aussi des enfants employés à cette tâche. L’ONG, qui veille à faire respecter les droits de l’homme à travers la planète, vient d’actualiser ses informations sur le sujet, en proposant un classement des entreprises gourmandes en cobalt. Dans son nouveau rapport intitulé « Time to recharge », Amnesty international distingue 3 constructeurs de véhicules électriques : BMW, Tesla et Renault. Les 2 premiers pour s’être concrètement inquiétés de la situation, le dernier pour être la lanterne rouge du classement. Il y a cependant pire que le Losange : BYD, classé dans les fabricants de batteries.

Transition énergétique

Réussir la transition énergétique, ce n’est pas que développer l’économie en modérant l’impact sur l’environnement. C’est aussi tout faire pour ne pas reproduire les erreurs du passé, en particulier au sujet de la mobilité. Le gazole, mais aussi l’essence de plus en plus, sont montrés du doigt pour les polluants chimiques, les particules et le CO2 libérés à l’échappement. Puisque la mobilité électrique est perçue comme une des solutions pour servir la transition énergétique, ses acteurs se doivent de la développer dans une démarche la plus vertueuse possible et avec un maximum de transparence. En outre, vouloir faire en sorte qu’un modèle électrique soit le plus vendu sur un territoire, et s’en réjouir, imposent davantage de vigilance encore de la part de son constructeur.

Travail des enfants

C’est déjà sur le travail des enfants que l’ONG souhaite attirer l’attention. « Un garçon nommé Paul a confié à Amnesty International qu’il travaillait souvent 24 heures de suite dans un tunnel souterrain à extraire du cobalt alors qu’il n’avait que 12 ans. Il recevait entre 1 et 2 dollars par jour de travail », relève l’organisation. « D’autres enfants travaillaient à l’extérieur des mines pendant des heures afin de trier, tamiser, laver et transporter de lourds sacs de minerais de cobalt qui finissent dans nos smartphones, ordinateurs portables et autre appareils électroniques portables », poursuit-elle. Avant d’équiper ces matériels, mais aussi les véhicules électriques, le cobalt parvient, depuis la République démocratique du Congo, à l’entreprise chinoise de transformation Huayou Cobalt, pointée dans le rapport.

Une trentaine d’entreprises

Dans son nouveau document, Amnesty international s’est intéressé à 27 entreprises, dont 3 fabricants de cathodes, 8 de batteries, et 9 d’appareils portables. A leur côté, 7 groupes de constructeurs en automobiles qui proposent une offre électrifiée d’envergure : BMW, Daimler, Fiat-Chrysler, General Motors, Renault, Tesla et Volkswagen. Toutes ont été soumises au prisme d’un jeu de 5 questions, afin de faire remonter les efforts réalisés ou non pour une chaîne d’extraction plus vertueuse du cobalt. « Presque deux ans après la première enquête d’Amnesty International, de nombreuses entreprises n’ont toujours pas démontré qu’elles prenaient les mesures appropriées afin de garantir que leurs produits ne comportent pas de colbalt extrait par des enfants et des adultes dans des conditions de travail dangereuses », s’indigne l’ONG.

Question 1 : L’enquête

Première question posée par Amnesty international : « L’entreprise a-t-elle enquêté sur son réseau d’approvisionnement sur un lien avec la République démocratique du Congo et Huayou Cobalt ? ». Le rapport indique que BMW et Tesla ont été les seuls constructeurs de véhicules électriques à l’avoir fait de façon satisfaisante. Concernant l’américain, l’ONG rapporte : « Tesla a signalé qu’il demande à ses fournisseurs de batteries de fournir ‘des certificats d’origine pour les matières premières, documentation et descriptions de la gestion des risques et les politiques d’atténuation’, et dit qu’il visite les fournisseurs ‘au besoin’ pour ‘observer, examiner et discuter de ces risques et comment ils sont traités’ ». Si la note maximale lui a été attribuée, c’est aussi parce que Tesla fait réaliser des audits par des sociétés indépendantes pour s’assurer que ses fournisseurs se conforment aux lois et aux politiques concernant « le travail des enfants, les violations des droits de l’homme et d’autres problèmes affectant l’approvisionnement responsable ».

Question 2 : Détection des risques

« L’entreprise dispose-t-elle de politiques et de systèmes solides pour détecter les risques et les abus liés aux droits de l’homme dans sa chaîne d’approvisionnement en cobalt ? », poursuit l’ONG qui ne sort que BMW du lot, positivement, mais modérément, pour sa démarche. Le constructeur allemand a ainsi modifié ses exigences opposables à ses fournisseurs en batteries en faisant clairement « référence au cobalt en tant que minéral cible nécessitant d’effectuer une vérification diligente, conformément aux orientations de l’OCDE ».

Question 3 : Mesures d’identification

Troisième point vérifié : « L’entreprise a-t-elle pris des mesures pour identifier les ‘points d’étranglement’, les risques et les abus des droits de l’homme ? ». A cette question, la réponse pour Renaut est « No action », selon Amnesty international, quand BMW, General Motors, Tesla et Volkswagen bénéficient d’un « Moderate », le meilleur niveau attribué à des constructeurs de véhicules électriques. Si l’on sort de leur cadre, seuls Apple et Samsung, – les 2 entreprises classées les plus vertueuses sur le sujet -, ont reçu la distinction « Adequate ». L’organisation signale que BMW a soumis à ses fournisseurs concernés des enquêtes ou questionnaires d’évaluation des risques.

Question 4 : Communication d’informations aux fournisseurs

« L’entreprise a-t-elle communiqué des informations sur les risques et les abus des droits de l’homme dans sa chaîne d’approvisionnement du cobalt ? », demande ensuite l’ONG qui répond « Minimal » pour tous les constructeurs, sauf Renault pointé à nouveau d’un « No action ».

Question 5 : Mesures d’atténuation ou de réparation

Enfin : « L’entreprise a-t-elle pris des mesures pour atténuer les risques ou réparer les dommages liés à sa chaîne d’approvisionnement en cobalt ? ». L’évaluation d’Amnesty international classe en modéré, le meilleur niveau obtenu pour les constructeurs automobiles : BMW, Fiat-Chrysler, Tesla et Volkswagen.

Renault : Un problème de communication ?

Pour chacune des 27 entreprises retenues par l’ONG, une fiche récapitulative indique les points faibles et forts de leur lutte pour une extraction du cobalt respectueuse des droits de l’homme. Concernant Renault, il semble que ce soit principalement un problème de communication qui le classe si mal. « C’est en dépit de ses connaissances que le cobalt exploité par des enfants et des adultes dans des conditions dangereuses est susceptible d’entrer dans sa chaîne d’approvisionnement », souligne l’organisation qui reste donc prudente, ne pouvant affirmer que le Losange exploite les plus mauvaises filières. Amnesty international croise ce flou avec cette obligation formulée pour l’ensemble de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, en interne : « Exiger que les entreprises se conforment aux lois concernant l’approvisionnement responsable en minerais […] Indiquer si les minéraux inclus dans les matériaux ou composants contreviennent aux droits de l’homme ou de l’environnement […] Identifier et déployer des actions pour un approvisionnement alternatif ou une substitution minérale si c’est le cas ».

Pétition

Pour faire réagir le Losange, l’ONG a ouvert une pétition à destination de Carlos Ghosn, – PDG de Renault -, ainsi formulée : « Face aux violations des droits humains et au travail des enfants, Renault, vous devez mener une enquête sur votre chaine d’approvisionnement en cobalt ! ». Ouverte jusque fin mai 2018, elle compte déjà plus de 2.000 signataires, sur les 30.000 attendus. « Il est temps pour Renault d’assumer la responsabilité de la provenance de ces matières premières », justifie Amnesty international.

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