Quelques grandes marques de tracteurs agricoles ont commencé à travailler sur des modèles électriques. Ce que Seederal apporte de particulier, c’est d’avoir conçu le sien à partir d’une page blanche, y compris pour la batterie, avec une architecture dédiée à cette énergie. En témoigne le nouveau prototype.
Officiellement créée en 2021 avec l’objectif de concevoir et commercialiser un tracteur électrique pour les travaux agricoles mais aussi l’entretien des espaces verts des collectivités, Seederal dispose d’un atout principal. L’entreprise n’est pas dépendante d’une longue histoire dans les engins fonctionnant avec du gazole non routier.
Elle n’a donc pas à entretenir tout un système orienté vers les motorisations thermiques, depuis la conception jusqu’à l’après-vente, en passant par les lourds investissements pour améliorer les technologies. Contrairement aux grands marques qui, devant des débouchés encore trop limités, n’imaginent leurs tracteurs électriques qu’à partir de bases existantes qui ne sont pas optimisées pour cette énergie.
Les batteries vont par exemple prendre la place de l’imposant moteur diesel. Souvent, cette redirection doit s’accompagner d’une réflexion sur le châssis dont certains éléments sont très liés avec la transmission. Pour son premier démonstrateur présenté début 2024, Seederal n’avait pas procédé autrement, employant une base existante. Il s’agissait alors de valider des choix technologiques.
Le nouveau prototype est très différent : « Son architecture, sa batterie, sa gestion de l’énergie, son système de traction, sa cabine et son design ont été pensés ensemble, dès l’origine, autour de l’électricité et des usages agricoles ». Cette étape ne peut que réjouir l’équipe d’une trentaine de personnes qui se répartit entre les bureaux de Brest et de Rennes.
Bien des agriculteurs sont encore dubitatifs concernant les tracteurs électriques. D’autres sont plus ouverts, certains d’entre eux ayant même apporté une petite contribution financière pour faire avancer le projet. Ce qui montre aussi le souhait de privilégier la souveraineté française à tous les étages, c’est la conception également en interne de la batterie, un très gros morceau que bien des constructeurs de voitures et utilitaires électriques laissent à des entreprises asiatiques, dans le cadre ou non d’un partenariat.
Seederal explique que son choix lui permet aussi de pouvoir intégrer rapidement des évolutions au pack, par exemple en matière de chimie, gestion thermique et système de contrôle. Cette batterie dédiée serait capable de « résister aux cycles longs et aux sollicitations élevées ».
Ce que l’on sait déjà concernant l’actuel tracteur agricole de Seederal, c’est qu’il développe une puissance de 118 kW (160 ch), et l’autonomie permise par la batterie serait d’une journée exigeante de travail de 8 à 12 heures. Pour le transport, par exemple du lisier, il est question de 300 km avant de devoir repasser par la case recharge qui ne demanderait que deux heures d’immobilisation pour un 0 à 100 % d’énergie.
La motricité sera gérée dynamiquement pour une efficacité optimum tout en limitant l’usure des pièces de transmission et des pneumatiques, mais aussi pour maîtriser la consommation. Cette dernière sera également sous l’influence de la régénération que l’on connaît déjà sur les voitures et utilitaires branchés.
Un des gros avantages de l’électrique est le silence de la motorisation. Il est question d’un niveau maximal de « 66 dBa hayon ouvert », profitable aussi bien aux occupants de la cabine qu’aux bêtes de l’exploitation. Lors des labours, l’absence de bruit de moteur permettra de détecter immédiatement un problème qui se produirait à l’arrière.
Comme pour la plupart des véhicules électriques à quatre roues, la cabine du tracteur de Seederal pourra être mise à une bonne température ambiante avant de démarrer le travail. Et ce, sans trop puiser sur la batterie grâce à une pompe à chaleur.
Avec son tracteur électrique, Seederal veut jouer à fond la carte de la polyvalence. Ainsi avec une recharge bidirectionnelle amenant à la fois le V2L pour alimenter différents outils et équipements électriques, le V2B pour les bâtiments et même le V2G pour restituer potentiellement de l’électricité au réseau. Ces fonctionnalités peuvent aller dans le sens d’un fonctionnement autonome pour les exploitations qui comptent des moyens de produire sur place une électricité d’origine renouvelable.
De façon plus classique, ce modèle permettra d’employer les habituels équipements que sont les prises de force et le relevage à l’arrière (aussi à l’avant en option), l’attelage, l’alimentation des outils hydrauliques, un chargeur frontal, etc.
Avant la commercialisation, il reste encore à la jeune entreprise à obtenir l’homologation pour ce tracteur électrique qui n’aura sans doute rien à envier à la société allemande Diess E-Agrartechnik AG qui espère livrer son propre modèle dès 2027.
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