Apparue en 1996, l’EV1 a été la réponse de General Motors à la politique californienne de décarbonation. Adorée par ses utilisateurs qui devaient pourtant s’acquitter d’un loyer mensuel assez élevé, ce coupé électrique proche de la GM Saturn thermique dans son style a connu une fin mouvementée.
Normalement, aucun automobiliste n’aurait dû pouvoir se retrouver légalement propriétaire d’une telle voiture. Le hasard et un concours de circonstances ont permis que ce soit possible une fois, mais une seule.
Ce qui nous permet aujourd’hui de la découvrir intégralement au fil des vidéos déposées sur la chaîne YouTube américaine The Questionable Garage alors qu’une coûteuse restauration est engagée. Une expérience unique à apprécier à sa juste valeur.
D’abord équipée de batteries plomb puis NiMH à partir de 1999 pour une autonomie respective de 120 et 220 km, l’EV1 a été produite à 1 117 unités, presque toutes détruites par le constructeur.
Ayant choqué nombre de ses utilisateurs, cette fin a donné lieu à des réactions diverses, depuis des actions en justice pour tenter de racheter l’exemplaire loué, jusqu’à l’organisation d’un simulacre d’enterrement très médiatisé, en passant par la réalisation du film documentaire de Chris Paine intitulé « Who killed the electric car ? ».
Quelques exemplaires mis volontairement lourdement en panne ont toutefois été prêtés comme support pédagogique à des établissements d’enseignement professionnel et universitaire. C’est le cas de celle baptisée « 212 » en raison de son numéro de série et qui fait actuellement l’objet d’une restauration intégrale et minutieuse. Cet exemplaire avait été affecté à l’université Clark d’Atlanta avant de sombrer dans l’oubli. Un oubli qui va créer un précédent dont GM se serait bien passé.
Comme les autres EV1, la 212 ne devait pas pouvoir atterrir légalement en pleine propriété entre les mains d’un automobiliste. General Motors avaient bien pris soin de tout verrouiller et requérant l’engagement des établissement bénéficiaires d’un prêt pour cette voiture électrique. C’est un geste de vandalisme anodin qui va enclencher toute une succession d’événements que Jared de The Questionable Garage détaille dans sa première vidéo (plus de 43 minutes) consacrée à l’incroyable sauvetage.
Stationnée sur le campus de l’université Clark, la 212 va recevoir une pierre dans le bas gauche du pare-brise. Il n’en fallait pas davantage pour que le service de sécurité de l’établissement démarre un processus par lequel cette EV1 va être déclarée abandonnée. Plus personne dans ce collège ne connaissait la raison de la présence de cette « épave » sur le site.
L’engin va ensuite passer par différents stades avec diverses recherches pour identifier un propriétaire, avant d’être au final légalement déclarée abandonnée. Même le constructeur n’a pas réagi. En conséquence, le garage qui avait assuré un service de fourrière pour débarrasser du véhicule l’université a eu l’occasion de la vendre aux enchères pour rentrer dans ses frais. Une opération particulièrement juteuse pour l’entreprise.
A partir d’une mise à prix de 800 dollars, les enchères se sont littéralement envolées en novembre 2025, jusque 104 000, soit 118 000 dollars en comptant les frais. Ce qui correspond à un peu moins de 99 500 euros aujourd’hui. C’est à la fois très inattendu pour une épave de véhicule électrique, mais pas si étonnant quand on connaît l’affection dont fait l’objet cette rareté de la part des véritables passionnés.
La première vidéo de Jared annonçait autre chose d’extraordinaire : la volonté de Billy, le nouveau propriétaire, de parvenir à la remettre en état de marche pour le 14 novembre 2026. Il ne s’agit pas d’un hasard, cette date correspondra très exactement aux 30 ans du lancement de cette voiture.
Pour conserver son anonymat, l’acquéreur se cachait sous un sweet à capuche dans le film. Mais dans les suivants, on le découvre sous les traits d’un jeune geek particulièrement émerveillé par l’aventure qu’il est en train de vivre en 2026. Jeune, Billy se reconnaissait comme écolo, sensible par exemple aux documentaires d’alerte d’Al Gore. Il avait aussi acheté dès sa parution le film de Chris Paine qui fait la part belle à l’EV1. Il a lui même enchaîné quelques VE en daily, des modèles dont nous ne sommes que très peu à connaître le nom en France (Zap Zebra, Coda Sedan, Geo Prizm, etc.), mais aussi une Chevrolet Bolt et une Tesla.
Le trou laissé dans le pare-brise par la brique est à l’origine d’une lourde infiltration d’eau qui a même causé un peu de corrosion sur la structure en aluminium. La caisse a entièrement été mise à nu pour un nettoyage cryogénique à la glace carbonique. Il s’agit d’effacer les importants dégâts causés par l’humidité et les animaux qui ont logé dans le véhicule. Pour une autre voiture, l’état général ainsi que le budget à consacrer à la restauration auraient décidé son propriétaire à abandonner le projet.
Billy, lui, est totalement galvanisé, participant aux travaux avec Jared et le reste de la communauté qui s’est spontanément créé autour de la 212. En déposant les unes après les autres les différentes pièces de la carrosserie, sont découvertes toutes les preuves d’une fabrication artisanale à la main, avec des traces d’outils pour repousser des éléments, des découpes approximatives, et même de curieuses astuces pour maintenir en place les ailes avant.
Toutes ces vidéos sont passionnantes. N’oubliez pas que sur YouTube il vous est possible d’activer les sous-titres traduits en français. Même si ce n’est pas parfait, on arrive vraiment bien à suivre ainsi les étapes du démontage et les pistes pour obtenir des pièces de rechange en état, parfois en adaptant celles prévues pour d’autres modèles. Il est clair que l’enveloppe consacrée à la restauration va être énorme à la fin.
N’oublions pas aussi tous les dégâts volontairement causés par GM pour dissuader toute remise en état. Il en résulte des questionnements de la part de l’équipe quand l’un ou l’autre constate une bizarrerie, en particulier dans la connectique : normal ou ruse pour envoyer sur une mauvaise piste ? Difficulté supplémentaire : le manque de documentation, même si petit à petit elle s’enrichit de compléments envoyés par ceux qui suivent la vidéo. C’est aussi cela la force et l’intérêt de médiatiser le projet.
Avec pour effet pervers de motiver des personnes peu scrupuleuses à saccager d’autres EV1 afin de pouvoir également devenir légalement propriétaire d’un exemplaire. Jared a clairement prévenu que ce serait inutile, GM ne risquant pas de se laisser surprendre une nouvelle fois et que se reproduise le scénario d’abandon.
Le défi de remettre la 212 en état de marche pour le trentenaire du lancement du modèle apparaît clairement difficile à relever. Impossible ? Peut-être pas, car il y a la motivation, l’équipe qu’il faut, le budget a priori, l’aide des passionnés dont certains ont travaillé sur l’EV1 dans les années 1990, des pièces neuves ou d’occasion retrouvées par hasard, etc. Il restera toujours aussi la possibilité de s’écarter plus ou moins des solutions d’origine là où ça coincerait.
Nous souhaitons bon courage à toute l’équipe et espérons qu’elle pourra boucler le projet, et dans les temps. Ma nature positive me pousse à penser qu’ils y parviendront.
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