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5.000 euros pour convertir à l’électrique une voiture thermique ? Rédigé par Philippe Schwoerer le 13 Août 2019 à 00:00 0 commentaires

A la fin d’un reportage de 2 minutes sur la conversion des véhicules thermiques en électriques, diffusé sur TF1 dimanche 11 août 2019 dans le cadre du journal de 13 heures, une voix off informe : « Aujourd’hui le prix est prohibitif, entre 20.000 et 30.000 euros, mais les concepteurs assurent qu’une production à grande échelle pourrait ramener le coût de la transformation à seulement 5.000 euros, bonus écologique déduit ». Est-ce réaliste ? Est-ce que ce tarif serait de nature à convaincre nombre d’automobilistes ?

C’est dans l’AIRe

Pour réaliser son reportage, TF1 a rencontré quelques acteurs de l’association AIRe (Acteurs de l’industrie du rétrofit électrique). Et en particulier Aymeric Libeau, fondateur de la startup française Transition-One, installée à Orléans (45), et qui souhaite proposer au plus tôt le rétrofit électrique à un tarif abordable. Anticipant un nécessaire changement de réglementation qui zapperait l’aval du constructeur d’origine, la jeune entreprise communique sur son savoir-faire en exhibant une Renault Twingo II essence convertie et en citant quelques autres bonnes bases sur lesquelles travailler : Fiat 500, Citroën C1, Peugeot 107, Toyota Aygo et Volkswagen Polo. Pour une utilisation quotidienne, Transition-One préconise une autonomie d’environ 100 kilomètres et une vitesse maxi limitée à 110 km/h. Pour cela, le groupe motopropulseur pourrait être composée d’un moteur d’une puissance de 50 kW, comme sur la Twingo régulièrement présentée, et d’une batterie d’une capacité énergétique de 20 kWh au maximum.

Conversion possible pour 5.000 euros ?

Difficile d’imaginer convertir une voiture thermique en électrique pour 5.000 euros. Mais Transition-One n’espère pas le faire non plus pour cette somme. Les 5.000 euros, c’est ce que l’opération coûterait à un automobiliste, après déduction d’une aide gouvernementale égale ou proche de celle qui est actuellement attribuée à l’achat d’une voiture électrique neuve en France. Arrondissons l’enveloppe totale à 10.000 euros, par exemple. Est-ce suffisant pour un rétrofit électrique qui suppose que le client soit déjà propriétaire d’une voiture à transformer ou compterait en acquérir une ? En clair : le budget dédié à la conversion ne tient pas compte de l’achat de l’engin, ni d’une remise en état éventuelle de la mécanique et ou de la carrosserie.

Pièces et main d’œuvre

L’enveloppe globale de 10.000 euros servira donc à couvrir les nouvelles pièces (moteur électrique, convertisseur, contrôleur, batterie, chargeur, pédale d’accélérateur spécifique, connecteur de recharge, etc.), mais aussi la main d’œuvre. A ce sujet, la voix off de TF1 explique que Transition-One chiffre à 4 heures le temps de montage de ces éléments, à partir d’un véhicule déjà débarrassé en amont des parties devenues inutiles (bloc thermique, réservoir, etc.). Une performance surprenante, mais qui s’appuie sur l’idée d’intervenir sur une liste définie de modèles pour lesquels la startup disposerait déjà du programme précis d’intervention et des pièces adaptées. De premières livraisons d’anciennes citadines thermiques devenues électriques sont envisagées dès 2020.

Des astuces pour une conversion à 5.000 (10.000) euros

Pour une maîtrise maximale des coûts, Transition-One pourrait actionner plusieurs leviers. Le premier, c’est de conserver la boîte de vitesses d’origine. C’est ce qui semble avoir été fait sur la Twingo, à en juger par les images de l’utilisation de ce véhicule sur la route : on peut observer le conducteur changer de rapport. La batterie est un composant particulièrement onéreux dans un rétrofit électrique. A elle seule, pour une capacité énergétique de 20 kWh, elle devrait mobiliser de l’ordre de 4.000-6.000 euros, en comprenant le ou les caissons abritant les cellules. Même si l’on peut partir du principe que ce ne serait pas le choix effectué par Transition-One, il pourrait très bien être envisagé de composer des packs avec des éléments d’occasion mais en bonne santé et peu âgé. La durée de vie de l’ensemble risquerait cependant d’être plus aléatoire.

Faisable, oui !

Dans un contexte où le prix des cellules est à la baisse pour une même capacité énergétique, en tablant sur une aide de 5.000 euros à la conversion de la part de l’Etat, sans compter le coût d’achat et/ou de réfection du véhicule de base, et en adossant l’activité de rétrofit électrique à une liste extensible de modèles pour lesquels Transition-One disposerait d’un kit déjà adapté, le pari de la startup, relayé par TF1, apparaît serré mais plausible. N’oublions pas qu’il s’agirait d’un prix d’appel. Les performances de l’engin converti seraient en retrait par rapport aux voitures banchées neuves proposées par les constructeurs, mais l’impact carbone et en polluant divers en serait grandement réduit pour un véhicule auquel une nouvelle vie serait ainsi ajoutée.

Convaincant pour les automobilistes ?

Les automobilistes seront-ils convaincus par une telle offre ? Pour des personnes se posant nouvellement la question, et en l’absence de signaux forts par l’intermédiaire d’une communication bien ficelée, il y aura forcément un temps d’observation relativement important. Transition-One pourrait bien sûr compter sur les électromobiliens convaincus qui attendent impatiemment depuis des années de pouvoir convertir un modèle précis, en particulier des youngtimers ou des modèles plus anciens encore mais utilisables au quotidien. Sauf que ceux-ci ne figureront très certainement pas dans la sélection de départ de la startup, rendant l’opération de conversion plus onéreuse. Alors !? Tout va se jouer avec la force commune de persuasion des membres de l’AIRe. Au-delà d’un tarif alléchant, c’est l’idée du rétrofit qu’il est important de faire passer. Y compris chez les opérateurs d’autopartage.

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