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Les Echos publient une tribune sur l’enjeu des bornes de recharge Rédigé par Philippe Schwoerer le 23 Août 2018 à 00:00 0 commentaires

Dans sa rubrique « Idées et débats », le quotidien Les Echos a publié une tribune signée Marc Boilard intitulée « Voiture électrique : le vrai enjeu des bornes de recharge ». Nous ne pouvons qu’abonder sur le message principal délivré dans l’article, qui est : « Pour remplir les objectifs de déploiement du véhicule électrique en France, le principal enjeu ne sera pas de multiplier les points de recharge à l’infini, mais de les disposer là où les usagers en auront le plus besoin ». Trop de bornes sont en effet peu utilisées et resteront dans cette situation, car disposées trop à l’écart des routes principales et pas suffisamment compatibles avec la multitude des modèles de voitures électriques commercialisées actuellement sur le marché français. L’argumentaire du média bien connu souffre d’imprécisions, oublis et maladresses qui peuvent nuire à la bonne lisibilité du développement de la mobilité électrique en France.

100% de véhicules électrifiés en France en 2040 ?

« Si la feuille de route fixée par l’Etat français est respectée, 100% des véhicules vendus en France en 2040 seront électrifiés contre moins de 2% aujourd’hui », peut-on lire au début du texte. Une imprécision récurrente pique d’emblée les yeux, celle qui fait se confondre des catégories de voitures très différentes : les électriques, les hybrides rechargeables, et les hybrides simples ? Un véhicule électrique est un engin qui évolue uniquement grâce à son moteur électrique. Ce dernier est principalement alimenté par une batterie de traction. C’est le cas des Renault Zoé, Nissan Leaf, et Tesla Model S, par exemple. Ce que l’on nomme « voiture à hydrogène » entre également dans la catégorie technique des voitures électriques. A la place d’une batterie de traction, l’énergie électrique est fournie par une pile à combustible H2 (Toyota Mirai, Hyundai ix35 Fuel Cell). Les hybrides rechargeables, quant à elles, sont des voitures thermiques, – essence ou diesel principalement -, qui disposent d’une petite batterie de traction afin de ne parcourir le plus souvent pas plus d’une cinquantaine de kilomètres en mode 100% électrique après recharge du pack. S’il est possible de ne les utiliser qu’ainsi, force est de constater que le plus gros du kilométrage est réalisé en grillant un carburant fossile. Parmi les hybrides rechargeables : Mitsubishi Outlander PHEV, Volvo XC90, Mercedes GLC, Audi A3 e-tron, etc.

2% des ventes en 2018 ?

Le pourcentage de 2% des ventes annoncé dans la tribune publiée par Les Echos correspond a priori à l’addition des voitures particulières électriques et des hybrides rechargeables. Les « voitures branchées », comme nous le qualifions régulièrement. Ce qui ne représente pourtant pas la plus grande part des voitures électrifiées qui incluent également les modèles hybrides simples dont la Toyota Prius est le symbole. En 2017, ces derniers représentaient environ 4% des ventes de voitures particulières neuves. Peut-on dire que 100% des voitures vendues en 2040 seront des modèles électriques, branchés ou électrifiés ? Non, car il subsistera très vraisemblablement une catégorie qui s’apprête à connaître son propre boom, celle des véhicules alimentés au bioGNV, exploitant des moteurs thermiques assimilables à des blocs à essence. Rien n’empêche d’imaginer qu’ils seront alors conçus autour d’une chaîne de traction hybride, – simple ou rechargeable.

Un réseau largement compatible ?

En comparant la situation en Norvège où des files d’attente se créent aux bornes de recharge en service à raison d’une pour 30 VE, Marc Boilard écrit : « La France est pour l’instant à l’abri du syndrome d’Oslo, avec un réseau actuel de 16.000 bornes largement compatible avec le parc de 120.000 véhicules électriques (1 borne pour 7,4, soit 4 fois plus qu’à Oslo) ». Si l’on retire la Renault Zoé qui, certes, représente plus de la moitié des ventes de voitures électriques en France, la compatibilité s’envole. A moins de considérer que devoir passer plus de 10 heures sur environ 90% des bornes en service soit normal avec les modèles équipés pour… la recharge rapide ! A noter que le principe de la recharge lente se justifie sur certains sites ou dans certaines conditions (recharge de nuit dans la rue, sur le parking de l’entreprise pendant les heures de travail, etc.). « Il conviendra surtout de disposer les bornes aux bons endroits pour assurer un maillage du territoire cohérent avec les usages, en particulier dans les zones denses de centre-ville de forte concentration et de faible capacité de recharge privée », peut-on lire plus loin dans la tribune. Cette préconisation tombe sous le sens. Mais tout aussi important est un maillage satisfaisant en bornes rapides pour permettre les longs déplacements en véhicules électriques. Le texte publié par Les Echos ne l’oublie d’ailleurs pas : « Le principal enjeu ne sera donc pas de multiplier les points de recharge à l’infini, mais de les disposer là où les usagers en auront le plus besoin pour une recharge rapide et complémentaire de leur recharge principale ». Mais on ressentirait presque comme une contradiction dans la formulation avec ce que l’on aura lu auparavant.

Valse de chiffres

« Si l’on compare avec l’évolution passée du réseau de distribution de carburant en France, avec, aujourd’hui, 11.000 stations essence pour ravitailler 30 millions de véhicules particuliers en France, on trouve un ratio de 1 pour 350 véhicules particuliers, qui, appliqué aux véhicules électriques en 2040, conduirait à 54.000 bornes », est-il estimé peu avant la fin de l’article. Sauf que 11.000 stations pour 30 millions de véhicules, ça nous donne un ratio de 1 station pour 2.727 véhicules, soit 7,8 fois plus d’engins pour un site de ravitaillement. Une hypothèse : Dans une station-service, on trouve plusieurs pompes à carburant. Et c’est sans doute ici l’élément manquant : environ 8 points de livraison pas site. Dans ce cas, on obtient bien 1 point de livraison pour 350 véhicules. Du coup, nos 54.000 bornes (on devrait dire point de recharge, puisqu’il y en a souvent plusieurs à fonctionner indépendamment par borne) avancées ci-dessous, multipliées par 350, donnent bien, arrondies, les 19 millions de véhicules électriques envisagés pour 2040 selon les chiffres repris dans la tribune.

Suivre l’évolution

Marc Boilard prévient qu’il faudra, au sujet des points de recharge, « les renouveler fréquemment pour suivre l’évolution des standards techniques et optimiser l’expérience utilisateur (réservation, paiement, interopérabilité avec les autres réseaux de recharge…) ». Ce qui est particulièrement pertinent.

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